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Vendredi 3 mai 2013 5 03 /05 /Mai /2013 10:53

Publié dans : En un mot, mot.

 

Sous un ciel brillant, le tête à tête des années d'enchères.

La voix sans fard qui dit je ne sais pas comment te définir.

Qui dit si tu es là, nous pouvons partager.

Qui dit si tu t'effaces, nous pouvons continuer.

Sous un chapiteau clair de rêves et de chicanes,

Les corps qu'on a aimés les rêves qu'on a clamés,

Et ces mains tremblantes sur le bord d'espérer.

C'est un peu comme revenir se saluer,

Se dire et toi qu'as-tu gardé des visages que j'étais,

C'est un peu comme savoir enfin se remercier,

Être au plus près de nos plus anciennes criées.

Sous un ciel dément, le tête à tête trop éphémère

Car il est tard car il est temps de repartir.

Les mots s'envolent à force de raisonner,

Ils sont bien plus qu'un chapelet d'os usés.

Je vois nos rondes sur les grèves diaphanes,

Je vois comme il est simple de courir sans marcher,

Que j'apprendrai toujours à ne pas ordonner.

On observe on écoute on finit pas feutrés

Les bras remplis des rencontres apaisées.

Après dix ans c'est aussi savoir être de la bonne cordée,

L'histoire de deux étoiles sur leurs plumes habitées.

 

Il y a toujours ce ciel pointé de lumignons,

Lorsque j'avance que je cours que je tombe,

Lorsque je sais que j'espère ou devine,

Il y a toujours cette infime constellation.

 

{ LB Impro, tous droits réservés }

 

 

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Mardi 5 mars 2013 2 05 /03 /Mars /2013 18:40

Publié dans : En un mot, mot.

Croqueur d'espace, cracheur de vie. Au quai comme au dortoir, tous le même alibi. Marcher le long, rêver plus près, pour finir ajusté dans un décor de cirque: la grande ville avale les poings serrés il n'y a plus, souris, que quelques parcs pour s'envoler. Un matin tu crois pouvoir te greffer au flux de voyageurs, cacher la carapace respirer leur élan, s'accrocher mine de rien aux essieux qui les portent. Métro, trajet, marche course escalier surface et sas de sécurité. Passer les mêmes guets, agrippé silence sous leurs talonnettes. Mais là-haut que faire, dans la boue fumante du matin morcelé. De là des déjeuners d'affaires. D'ici des jeunesses à expier. D'encore des vies à dévaler. Que faire misère, avec tout ton temps liquide qui colle sur l'épiderme et laisse dans ton sillage l'odeur âcre de l'errance. S'asseoir tout contre, craquer tes phalanges, dévisager la ménagère. Le temps comme une tempête partout sur l'avenue, avec sous tes ongles des restes de superbe. La ville en nappe étouffe le froid qui monte de la terre. Un froid calcaire, qui bouche tes bronches, fait blanchir ton fond d'œil. Un froid vitreux qui te tabasse, des bleus aux dents des crevasses au désert. Toujours pareil, plonger au noir, entre un distributeur et une sortie scolaire. Dehors la vue ne justifie pas la fièvre. Tu remontes et tu redescends, tu bois tes jours tu ne crois pas que tu voudras te souvenir des tentatives. Avec la glace qui te talonne, avec les pics qui crèvent tes muscles, tu t'installes sans bougie au bord d'un quai bondé. De là des travailleurs pressés, qui butent sur tes bouteilles et repartent grommelant quel bordel ce métro. D'ici des petits bouts maman, pourquoi il bouge pas le monsieur et laisse, le touche pas c'est pas propre. D'encore des forces désordres, fiers-à-bras ou arbitres, circulez faut pas rester la fait trop froid.

 

{ LB. Tous droits réservés. Rails 040213 }

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Vendredi 8 février 2013 5 08 /02 /Fév /2013 11:35

Publié dans : En un mot, mot.

Entre deux cris d'orfraie, jurant au temps au monde de merde jurant aux générations chômage, quelques mots jaillissent.

Il a, par pudeur ou ramage, cette faculté de transformer le grave en rire, de faire des confettis de nos guerres invisibles. Il a, dans ses absences ou ses distances, une profonde anxiété. Il ne sera jamais là pour être certain d'avoir su être là. Il sera debout, parfois silence, mais il sera de ceux qui n'hésitent pas à courir jusqu'au calme. Il rira de ses courses, il dira tout le mal qu'il aura eu à se mettre en marche. Mais il aura marché, au bout du compte et quelles que puissent être vos différences, il sera de ceux qui auront marché.

Quand elle l'a rencontré, elle diffusait sans écluse son désir de parole. Elle disait tout, toute nue, elle faisait peur. Fille timide, femme gratuite, elle se jetait en amitié pour apprendre à construire. Elle était d'une confiance de plomb, elle pesait lourd sur ceux qui parfois, étonnés, lui accordaient quelques bénéfices.
Quand elle l'a rencontré, elle lui a dit je prête tout. Confiance, argent, temps, demande je prête tout. Sans retour, je donne. Ton problème sera le mien. On ne se connaît pas, mais si tu veux, si tu cherches un possible, ton souci sera mon souci.
Imposture légitime, elle a dit tu peux venir. La lumière sera allumée. Si je ne me souviens pas de ton nom, tu n'auras qu'à te taire. Je saurai entendre cette rencontre.

Il a, par indifférence ou politesse, laissé faire. Il a marché plus loin, un peu sceptique sur cette fille torrents, cette femme maladroite. Puis il est revenu, accompagné. Elle était riche, paillettes au bord des lèvres, elle était capable sans doute d'être un peu plus que celle qui effraie par offrandes. Et dans les rires, dans une cuisine minable, sur la côte des neiges, il est entré au rang de ceux qui existent.

Parce qu'ils sont peu nombreux, ceux dont la respiration fait cette vie tangible. Parce qu'ils sont rares, miraculeux, ceux chez qui elle discerne assez de bienveillance pour affronter ses banales comptables.
S'ennuyer ensemble, se taire ensemble, se défendre ou se débattre ensemble. Il n'y a aucune complaisance. Il n'existe plus d'excuse, on sort du rang des équilibres. On est à poils, sur un temps qui dure longtemps, on est transparents jusqu'au dérisoire. On n'est pas beaux, mais on est là. On prend la route, on se moque des parfums, au bout du compte on aura voyagé. De ville en ville, d'âge en âge, on aura voyagé côte à côte, loin de toute révérence. On aura survécu aux repères aux rapaces, on aura su se battre sans s'éteindre, on aura fait de tant de différences quelques lignes, aux contrats de nos vies.

Il a, parce qu'il est gauche et sincère, toutes les excuses pour ses ruades. Lorsqu'on force sa porte, il claque la sienne pour l'entourer. Lorsqu'on tombe sans relâche aux travées de l'intime, il triche un peu, écoute beaucoup : délesté du cynisme qui caractérise souvent ses œillades, il entend, sans dorures, ses drames broutilles qui font d’elle une fille timide, une femme gratuite.

Quand ils se sont rencontrés il était étriqué dans son ombre, elle faisait elle des pas de géant pour paraître moins bouture. Le temps a passé et elle le regarde aujourd’hui, sans verbe. Elle ne dit pas combien elle le trouve beau. Elle ne dit pas que si elle devait échanger, de vie choisir d'être quelqu'un d'autre, ce serait lui, ce serait d'une manière ou d'une autre un homme comme lui. Parce qu’il est à ses yeux de ceux qui claquent les portes, qui marchent au vent et rejoignent. Parce qu’il ignore tout des lumières qui émanent de lui.

Parce qu’il sait de la constance tout ce qu'il ignore du devoir.

  { LB. Tous droits Réservés. Rails 050213 }

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Samedi 12 janvier 2013 6 12 /01 /Jan /2013 15:21

Publié dans : Livres lus

" Il aurait fallu passer des nuits et des nuits sous son toit, entendre la chanson montone du ressac. Il aurait fallu marcher dans la pénombre de ses couloirs sans fin. Des chauves-souris s'y égaraient parfois. Prises d'une sorte de désespoir, elles se brisaient les ailes à la recherche d'une issue. Il aurait fallu pouvoir respirer l'air humide des salles inhabitées, aux murs recouverts d'or fané sous la poussière des années. Les araignées avaient tissé d'immienses toiles autour des lustres de cristal. Il aurait fallu caresser longuement les beaux meubles et toucher les étoffes précieuses qui se désagrégaient sous la moindre caresse des doigts.

Il aurait fallu y vivre comme Célilé y avait vécu. Comme elle, il aurait fallu errer dans le parc aux branches enchevêtrées, aux allées envahies d'herbes sauvages, aux pelouses mangées par les buissons.

[...]

Il était impossible de comprendre Célilé si l'on n'avait pas connu ce yali et les ombres qui l'avaient habité."

 

Les ombres du Yali

Suat Derwish

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Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 23:10

Publié dans : En un mot, mot.

Tu vois dans l'eau toute l'eau tombée de tes cils, des lacs d'espérances aux berges de l'enfance, tu vois d'en haut toute l'eau puisée et le quadrille, les danses aux bois craqués, les saluts dos à l'antre, tu bois de l'eau le feu des illusions, celles qui s'évaporent à l'adolescence, celles qui te coutent un bras le bon celui qui portait l'océan, les récitations murmurées les applaudissements familles, tu sens les flammes brûler le capiton, décor feutré pour masquer la carence, le bras qui n'se tend pas le bon celui qui prodigue abondance, tu sens dans l'air toute l'eau jaillie des écoutilles, des images d'épinal des soirées dansantes, tu goutes sans sceau les promesses de mitons, le bras filet le bon celui qui excuse la vrille, et puis tu souffles un feu d'innocence comme une bille, révérences sans effort, le bras sans assurance le bon celui qui dit présence, tu vois dans l'eau toute l'eau retenue par tes cils, des mers de délivrances aux écrans d'insolences, tu vois d'ici toute l'eau séchée et rien qui scille, pas même une flamme aux joues de démence.

 

[ LB. Tous droits réservés ]

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